• Un type

     

     

     

     Le type aux circulaires a tout balancé par terre. Je refusais de lui donner cinq sous pour son sac de plastique. Demandé ou plutôt réclamé insolemment, comme si je lui devais cette somme depuis des mois et qu'elle l'empêchait de se payer un truc vital.



    Jamais eu le temps de lui expliquer fermement mais encore gentiment que ce sac, je le payais déjà. Que  je ne paierais pas pour recevoir de la publicité. Enfin, pas avec mon consentement.

     

    « Voulez-vous un sac, Madame? C'est cinq sous » déblatèrent les robotisées caissières, encore rarement caissiers. J'imagine les réunions au sommet pendant lesquelles on a dû tergiverser sur la meilleure manière, la plus rapide, la plus efficace pour que les clients répondent sans perte de temps donc sans ajout d'employés donc sans ajout de salaire et d'avantages sociaux, sans ajout de personnel aux ressources humaines, sans avoir de calculs supplémentaires à rentrer pour des paies que l'on a certes pas envie de verser.



    Et combien je suis payée moi, pour faire la pub du magasin tapissant ledit sac si mince que sans cette encre, il n'aurait pas tenu ensemble.



    Non. Le type a tout éparpillé. Le mot écologie, il ne devait pas connaitre. Sans doute pas non plus logis, à en juger par l'état général du monsieur et de ses fringues. École? On peut en douter. Son énergie. Je me souviens qu'elle devait bien faire dans les douze ou quinze bâtons de dynamite et même qu'elle aurait pu provoquer une tornade, à la longue.



    Sur le coup, son visage aux sourcils foncés froncés a rosi, puis, très, très rapidement, il est passé au rouge pompier, puis, au violet. Ses vaisseaux sanguins paraissaient si gonflés qu'en explosant, ils auraient fait le tour du bloc, certainement. Un instant j'ai pensé qu'au bleu, il cesserait de respirer et me ficherait la paix.



    Il avait peut-être un verre dans le nez qu'il avait difforme et sillonné de veines. Il devait abriter un arbre derrière la peau de son visage laborieux, mal labouré, la peau opaque d'une terre infertile. 


    Plus loin, déambulait la personne autorisée à distribué ces pollusacs, tout inclus. Son charriot bleu affichant les couleurs et le nom du magasin W, son pas égal, le geste répété de l'épaule, du bras rappelant la douleur d'une bursite, d'une tendinite pressenties. Accrocher à la moindre protubérance visible sur le terrain d'une propriété son foutu sac ou empiler dans le hall d'un bloc d'apparts un nombre calculé à l'approximative. Rarement un sourire échangé; route solitaire de celui qui travaille fin seul.

     

     

     

    Toute reproduction interdite © Zéo Zigzags

    2012-01-28





    À suivre...

     

     




    « It les EXOh, rage! La pluie plut. Mes mots pelures perdirent. »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :